La semaine dernière, une prof de français m'a montré la lettre que son fils de 14 ans s'apprêtait à envoyer à une entreprise de menuiserie. Elle commençait par « Bonjour, je m'appelle Théo et je cherche un stage. » Elle finissait par « Merci d'avance. » Entre les deux : quatre lignes. Pas de coordonnées, pas de dates, pas de projet. J'ai passé vingt minutes à lui expliquer pourquoi ce courrier-là allait finir à la corbeille — et ce qui, à la place, fait qu'un patron de PME rappelle un collégien.
Parce que oui, la fameuse lettre de motivation pour un stage de 3e, tout le monde en parle comme d'un exercice scolaire. Sauf qu'en face, il y a quelqu'un qui a un vrai travail et qui reçoit huit demandes par semaine. Ce n'est pas un exercice. C'est une négociation à l'arraché.
Points clés à retenir
- Le destinataire lit votre lettre en moins de trente secondes : les trois premières lignes décident de tout.
- Une lettre de 3e doit tenir sur une seule page, manuscrite ou tapée selon ce qu'exige l'établissement.
- On ne parle jamais de soi seul : on relie ce qu'on êtes à ce que l'entreprise fait, concrètement.
- La convention de stage est obligatoire, et l'entreprise doit savoir que vous êtes couvert.
- Un modèle sert de base — le copier-coller tel quel se repère immédiatement.
- Un stage d'observation dure en général une semaine, souvent au troisième trimestre.
Un modèle de lettre de motivation pour un stage de 3e, et pourquoi il faut le réécrire
Voici la base que j'utilise quand on me demande un coup de main. Prenez-la, démontez-la, refaites-la avec vos mots.
[Vos prénom et nom]
[Votre adresse]
[Votre numéro de téléphone]
[Votre adresse e-mail]
[Ville], le [date]
À l'attention de [nom du destinataire ou « Monsieur le Directeur »]
[Nom de l'entreprise]
[Adresse de l'entreprise]
Objet : demande de stage d'observation du [date] au [date]
Madame, Monsieur,
Élève en classe de troisième au collège [nom], je dois effectuer un stage d'observation
d'une semaine du [date] au [date]. Votre entreprise de [activité précise] a retenu mon
attention parce que [raison personnelle concrète].
Je m'intéresse depuis [durée] à [domaine], notamment après [expérience précise :
un atelier, un livre, une visite, un projet scolaire]. Observer votre façon de travailler
me permettrait de comprendre [ce que vous voulez vraiment comprendre].
Je suis [deux qualités, pas plus : rigoureux, assidu, manuel, curieux...], et je
m'engage à respecter les consignes de sécurité et la confidentialité.
Ma convention de stage sera signée par mon établissement, et je suis couvert par
l'assurance scolaire.
Je me tiens à votre disposition pour venir vous rencontrer avant le stage, si vous
le souhaitez.
Je vous remercie de l'attention portée à ma demande et vous prie d'agréer,
Madame, Monsieur, mes salutations respectueuses.
[Signature] Bon. Maintenant la vérité : ce squelette, tout le monde le trouve en deux clics. Ce qui fait la différence, ce n'est jamais la structure. C'est la phrase entre crochets au milieu — celle où vous expliquez pourquoi cette entreprise-là et pas une autre.
Ce qui se joue dans les trois premières lignes
Un gérant de PME, un chef de service, une responsable RH : ils trient vite. Ils lisent l'objet, puis la première phrase. Si la première phrase ressemble à toutes les autres, la suite ne sera pas lue. J'ai vu ça de mes yeux chez un garagiste du quartier qui accepte deux stagiaires par an — il reconnaît en trois secondes une lettre recopiée d'internet. « Je me permets de vous solliciter » : poubelle. Il me l'a dit sans détour. Le mot « solliciter » est un marqueur de lettre type.
Commencez autrement. Dites d'où vous venez, ce que vous cherchez, et pourquoi vous êtes précisément là. Deux phrases. Pas plus.
Lettre manuscrite ou dactylographiée ? La question qu'on me pose tout le temps
La réponse honnête : demandez à votre collège. C'est la seule qui vaille.
Dans la majorité des établissements que je connais, la consigne est manuscrite — les professeurs veulent évaluer votre expression écrite, et le soin apporté à la feuille fait partie de la note. Dans d'autres, surtout quand la candidature part par e-mail, une version tapée est acceptée, voire exigée. Si vous tapez, gardez la même mise en page sobre : police lisible, interlignes aérés, pas le moindre emoji ni police décorative.
Et si l'envoi se fait par e-mail ?
Là, deux options. Soit vous collez votre lettre dans le corps du message, soit vous joignez un PDF. Le PDF en pièce jointe est plus propre — mais il faut nommer le fichier correctement. Pas lettre finale v3.docx. Plutôt NOM_Prenom_demande_stage_3e.pdf. Ce détail absurde change tout : le destinataire sait immédiatement qui écrit et pourquoi, sans ouvrir.
Un dernier point qu'on oublie : relisez à voix haute avant d'envoyer. Les fautes de frappe dans une lettre de quatorze ans sont pardonnées. Dans un mail envoyé à 23h, elles le sont moins — parce qu'on ne voit plus l'élève, on voit juste quelqu'un qui n'a pas relu.
Adapter le modèle à l'entreprise : trois exemples concrets
Le générique ne marche pas. Ce qui marche, c'est de montrer que vous avez compris ce que fait la boîte. Petit comparatif de ce qui fonctionne selon l'endroit où vous frappez :
| Secteur | Ce qu'il faut comprendre avant d'écrire | Une phrase qui fait mouche |
|---|---|---|
| Commerce / vente | Le contact client, les horaires décalés, la caisse | « J'aimerais comprendre comment vous gérez l'affluence le samedi. » |
| Santé (cabinet, pharmacie) | La discrétion, l'hygiène, la confidentialité | « Je sais que je n'aurai pas accès aux dossiers, et c'est justement pour voir le reste du métier que je vous écris. » |
| Informatique / numérique | Ce que fait concrètement l'entreprise | « Je bricole déjà un peu en Python, mais je veux voir comment un vrai projet se mène. » |
| Artisanat / bâtiment | La sécurité, l'endurance, le travail en équipe | « Je sais que la journée commence tôt et que les EPI ne sont pas optionnels. » |
| Administration | Les postes, les missions, le public reçu | « Je voudrais découvrir un métier de service public au contact des usagers. » |
Ce n'est pas de la littérature. C'est juste la preuve que vous avez passé dix minutes à vous renseigner. Dix minutes. C'est tout ce qu'on vous demande, et c'est ce que 90 % des candidats ne font pas.
Candidature spontanée, réponse à une offre, stage trouvé par un proche
Trois situations, trois lettres différentes — et ça, aucun modèle ne vous le dira.
- Candidature spontanée : vous ne savez pas s'ils prennent des stagiaires. La formule d'objet devient « demande de stage d'observation — candidature spontanée », et vous reconnaissez explicitement que vous prenez une initiative. On ne s'excuse pas de déranger : on propose.
- Réponse à une offre : là, pas de digressions. Vous reprenez le nom du poste ou le numéro de l'annonce, et vous répondez point par point à ce qui est demandé.
- Stage trouvé via un proche : le plus délicat. Vous devez écrire une lettre quand même, propre, sérieuse — c'est votre premier contact avec le futur encadrant, et ce n'est pas votre tante qui va faire le travail à votre place. Dites simplement « j'ai entendu parler de votre entreprise par [prénom, lien] », sans en faire un argument principal. L'entreprise veut un stagiaire, pas un service rendu.
Un mot sur la relance : si vous n'avez aucune réponse après dix jours, un appel court suffit. « Bonjour, je vous ai envoyé une demande de stage pour la semaine du [date], je voulais juste savoir si vous aviez pu la voir. » C'est tout. C'est déjà beaucoup. Ça n'embête personne, et ça sauve souvent la place — la plupart des refus sont d'abord des oublis.
Les erreurs qui font refuser une lettre en dix secondes
J'ai ramassé celles que je vois le plus souvent. Il y en a six — pas trois, pas cinq. Six, parce que la vie ne se range pas en listes rondes.
- La lettre trop longue. Deux pages pour un stage d'une semaine, c'est le signe qu'on parle de soi et pas de l'entreprise.
- Le registre familier. « Salut », « je suis super motivé », « à plus » : jamais. Vouvoiement strict, du premier mot au dernier.
- Ne pas mettre ses coordonnées complètes — et notamment le numéro de téléphone, celui sur lequel vous répondez vraiment.
- L'absence de projet. Une lettre qui ne dit nulle part ce que vous voulez découvrir un jour ressemble à une obligation à remplir. Et c'est probablement le cas, mais ça ne doit pas se voir.
- Les fautes d'orthographe dans les noms propres — celui de l'entreprise, celui du destinataire. C'est la faute la plus impardonnable, et la plus facile à éviter.
- Oublier de mentionner la convention de stage. L'entreprise doit savoir que vous êtes assuré et que tout est encadré par votre collège. C'est rassurant pour elle, et ça la protège.
Le point 4 est celui qui revient le plus. Une entreprise qui accepte un élève de 3e ne cherche pas un futur salarié. Elle cherche quelqu'un de ponctuel, poli, curieux, et qui ne va pas lui créer de problème pendant cinq jours. Dites-le. Pas en mots creux — avec un exemple.
Ce que regarde vraiment l'entreprise qui accepte un stagiaire de 3e
J'ai accompagné plusieurs petites structures dans cette démarche, et la logique est toujours la même : est-ce que cette personne va nous coûter du temps, ou nous en faire gagner un peu ? Un collégien coûte du temps — c'est normal, c'est le principe. Mais une lettre claire, avec des dates précises, un créneau de disponibilité honnête et une phrase qui montre qu'on a compris le métier, ça réduit déjà la charge. Le patron se dit : « bon, celui-là a lu notre site, je ne vais pas avoir à tout expliquer à zéro. »
Ce n'est pas une question de mérite. C'est une question de logistique.
Le cadre du stage de 3e : ce qu'il faut savoir avant d'envoyer quoi que ce soit
Trois choses, à vérifier auprès de votre collège, parce que les règles précises dépendent des académies et des établissements.
La première : la convention obligatoire. Aucun stage ne démarre sans ce document signé par l'élève, les responsables légaux, le collège et l'entreprise. Si vous écrivez sans le savoir, vous risquez de vous engagez sur une date que le collège refusera. Mettez d'abord les dates au clair avec votre professeur référent.
La deuxième : la durée. C'est presque toujours une semaine, parfois cinq jours pleins, mais les dates varient beaucoup d'un collège à l'autre — souvent au troisième trimestre.
La troisième : ce que l'entreprise peut vous confier. La réponse est simple, elle ne peut pas vous confier grand-chose. L'observation, c'est regarder. Pas de monter sur le toit, pas de manipuler des produits dangereux, pas d'accès aux données des clients. Si une lettre promet « je pourrai aider à tout », elle trahit surtout le fait que vous n'avez pas compris ce qu'était un stage d'observation.
Le stage est trouvé mais la convention n'est pas signée, que faire ?
Vous prévenez immédiatement le professeur référent de votre établissement. Ce n'est pas à vous de rédiger la convention, c'est au collège de la fournir et de la faire signer. En attendant, vous pouvez confirmer par écrit à l'entreprise la date à laquelle la convention sera transmise — une phrase dans un mail suffit. Ne laissez jamais penser qu'un stage peut commencer sans ce document : la signature, c'est ce qui vous couvre tous les deux.
Pourquoi cette lettre compte plus qu'on ne le dit
La vérité, c'est qu'à quatorze ans, on n'a presque rien à raconter. Un projet de vie, une passion, un truc qu'on a bricolé un dimanche. Certains en ont plusieurs, d'autres pas encore, et ce n'est pas grave. Le stage de 3e n'a pas été inventé pour vous faire écrire une belle lettre. Il a été inventé pour que vous découvriez, en vrai, debout dans un atelier ou derrière un comptoir, qu'un métier ça ressemble rarement à ce qu'on imaginait.
Alors la lettre, au fond, ce n'est pas le but. C'est juste la clé qui ouvre la porte. Le mieux qu'elle puisse faire, c'est disparaître : avoir été lue une fois, comprise, et oubliée — pendant que vous, vous entrez et vous regardez.
C'est pour ça que je dis toujours la même chose aux élèves qui râlent sur cet exercice : écrivez-la comme si la personne allait vous accueillir le lendemain. Pas comme si elle allait vous noter. La note, elle est déjà donnée par votre professeur. La porte, elle est encore à ouvrir.